Rebond marqué des marchés actions tiré par les résultats, notamment sur le segment technologique
Ces dernières semaines, les marchés d’actions ont connu un fort rebond, porté par des publications de résultats globalement favorables, mais également marqué par une concentration des valeurs à la hausse et une grande disparité de réactions boursières en fonction des données publiées. Les valeurs technologiques ont une nouvelle fois tiré les indices vers le haut, avec des séquences notables, comme les 17 séances consécutives de progression pour les semi-conducteurs ou encore des performances hebdomadaires exceptionnelles (plus de 40% pour ARM).
Cette rotation renouvelée en faveur de la technologie confirme la forte accélération de la demande pour l'IA. Elle devrait également se traduire par des gains de productivité significatifs pour les entreprises américaines dans les mois à venir, notamment grâce aux solutions proposées par des acteurs comme Anthropic. Les marchés ont en effet positivement réagi non seulement à la confirmation des 650 milliards d'euros d'investissements prévus par les hyperscalers, mais aussi à leur stratégie de diversification dans les différents modèles de développement de l'IA. Les exemples les plus frappants incluent les prises de participation d'Amazon et d'Alphabet dans Anthropic, estimées à environ 15% chacune, et le partenariat stratégique d'Amazon avec OpenAI, agrémenté d'un investissement de 50 milliards de dollars. L'émergence de l'IA dite "agentique" – des systèmes capables d'exécuter des séquences d'actions complexes nécessitant davantage de cloud, de mémoire et de centres de données – élargit le cercle des bénéficiaires de l'IA au-delà des seuls modèles. Cette chaîne d'exécution, incluant des domaines comme le refroidissement, la cybersécurité et les services électriques, profite aussi à des acteurs européens. En témoigne la croissance organique des ventes de Schneider Electric et Legrand, qui tirent pleinement parti du développement des centres de données.
Une position toujours constructive sur les marchés d’actions dans l’attente d’un dénouement du conflit
Le blocus du détroit d’Ormuz se révèle plus durable qu’anticipé au démarrage du conflit, malgré un cessez-le-feu prolongé mais fragile. Les données macroéconomiques se multiplient et témoignent des conséquences immédiates sur l’économie mondiale : croissance allemande anticipée pour 2026 divisée par deux, baisse de l’indice IFO et des indicateurs avancés PMI européens, recul de la confiance du consommateur américain, tandis que, dans le même temps, la question d’une Banque centrale européenne plus restrictive se posera dès la prochaine réunion de juin. A l’inverse du retour d’engouement pour les valeurs technologiques, les investisseurs ont pénalisé les secteurs qui combinent des coûts élevés et une faible capacité à répercuter les variations des prix du pétrole. La consommation discrétionnaire, notamment l’automobile, le luxe et le tourisme, a été particulièrement touchée ces dernières semaines.
Les compositions sectorielles des différentes zones géographiques expliquent ainsi les divergences récentes de performance. En prenant simplement l’exemple de la cote parisienne, sa forte pondération en valeurs du luxe, qui ont en moyenne reculé d’environ 20%, ainsi que quelques décrochages significatifs comme EssilorLuxottica ou Danone, associés à l’effet change, ont pénalisé l’indice français, comme la majorité des indices européens, en avril.
Comme nous l’indiquions le mois dernier, l’expérience nous suggère que les événements géopolitiques ont généralement un impact de durée limitée sur les marchés : nous avons donc conservé une position constructive et surpondérée en actions (+4% environ). Alors que nous avions décidé d’une surexposition aux indices américains par rapport aux valeurs européennes pendant cette crise pétrolière et le blocage du détroit d’Ormuz, nous avons progressivement arbitré cette surexposition des valeurs américaines hors Nasdaq en faveur des valeurs européennes, et notamment au profit du segment croissance des grandes capitalisations. Enfin, nous maintenons un biais très clair et favorable aux marchés émergents.
Une sensibilité obligataire neutre
Depuis le conflit au Moyen-Orient, les craintes inflationnistes se sont fortement accentuées entraînant une pression haussière sur les taux d’intérêt, tant pour les échéances courtes que longues. Depuis le début du conflit, et en contraste avec les marchés d’actions, l’indice Bloomberg Global Aggregate Eur Hedged a cédé 2,0% (en €), tandis que l’indice Bloomberg Euro Aggregate reculait de 2,0% (au 12/05/26). Même les performances du crédit corporate sont négatives, en dépit d’un sensiblement tassement des spreads, avec un recul de l’indice associé en zone euro de 1,45% depuis la fin février. Même si les anticipations d’inflation reflètent déjà un scénario modérément pessimiste, nous affichons toujours une sensibilité obligataire neutre, avec une concentration de nos portefeuilles sur les maturités moyennes (3-5 ans), le crédit (notamment bancaire) et certains pays périphériques comme l’Italie. Nous sommes très tactiques sur la partie souveraine de cette classe d’actifs. |